Et si ce qui compte le plus n’était pas ce qui se voit, mais ce vers quoi le visible pointe, au-delà de lui-même ?

Sri Hanuman et Pere Benoit
Sri Hanuman et Père Benoit, dans la fraternité du cœur

Lorsque je détourne mon attention des choses matérielles,
pour la tourner au plus profond de moi-même,
j’y perçois la Lumière.

Pour trouver l’Unité, je dois sortir de la multiplicité des choses matérielles.
L’esprit est alors conduit par la Conscience, dans le dépouillement absolu et l’unité qu’elle est en elle-même.

Lorsque la volonté de la personne est totalement libre, elle ne peut rien vouloir d’autre que l’Unité.
La personne détachée d’elle-même et de toute chose, qui ne cherche en rien son intérêt propre, qui n’agit pas en vue d’un but égoïste, mais qui n’agit que par amour, cette personne est libre, elle vit en la Conscience et la Conscience vit en elle.

Lorsque l’eau de l’esprit est pure et immobile, la Conscience s’y reflète parfaitement.

L’Ascension, une fête mystérieuse et profonde

Quarante jours après Pâques, un jeudi, le monde chrétien célèbre l’Ascension. En France, ce jour est encore férié, mais combien de personnes savent réellement ce qu’il commémore ? Derrière cette fête se trouve l’un des événements les plus mystérieux et les plus riches de la tradition chrétienne — une scène qui a fasciné théologiens, artistes et mystiques depuis deux mille ans, et dont les significations s’étagent en profondeur, du récit historique à la métaphysique la plus subtile.


I. Aux origines : le récit fondateur

Le texte biblique

L’Ascension est relatée principalement dans deux textes du Nouveau Testament, tous deux attribués à Luc : la fin de l’Évangile selon Luc (chapitre 24) et le début des Actes des Apôtres (chapitre 1).

Dans les Actes, le récit est le plus développé : après sa résurrection, Jésus apparaît à ses disciples pendant quarante jours, leur parlant du Royaume de Dieu. Puis, réunis sur le mont des Oliviers, près de Jérusalem, il est « élevé » devant eux et une nuée le dérobe à leurs regards. Deux hommes en vêtements blancs apparaissent alors et annoncent qu’il reviendra de la même manière qu’il est parti.

Le chiffre quarante n’est pas anodin : il résonne dans toute la Bible — quarante ans dans le désert pour Israël, quarante jours de jeûne pour Moïse, Élie, et Jésus lui-même lors de ses tentations. C’est le temps du passage, de la préparation, de la transformation.

Un événement situé dans l’espace et le temps

La tradition a très tôt cherché à ancrer l’Ascension dans la géographie. Le mont des Oliviers, à l’est de Jérusalem, est désigné comme le lieu du départ. Au IVe siècle, l’impératrice Hélène, mère de Constantin, fit construire sur ce mont une rotonde — l’Imbomon — à l’emplacement supposé de l’événement. Ce sanctuaire devint rapidement un lieu de pèlerinage majeur.

Une tradition médiévale particulièrement tenace affirmait même qu’une empreinte de pied dans la roche marquait le dernier appui de Jésus avant de s’élever. Cette empreinte est encore montrée aujourd’hui dans une petite mosquée qui occupe désormais les lieux — signe éloquent de la longévité symbolique de cet événement au-delà du seul christianisme.


II. L’évolution historique de la fête

Une célébration tardive

Contrairement à Pâques ou à la Pentecôte, qui sont attestées très tôt dans la liturgie chrétienne, la fête de l’Ascension comme célébration distincte est relativement tardive. Les premiers chrétiens vivaient dans l’attente du retour imminent du Christ — la notion d’un départ calendairement commémoré ne s’imposait pas d’emblée.

C’est au IVe siècle que la fête s’individualise clairement, après la grande paix de l’Église sous Constantin. Eusèbe de Césarée et saint Augustin y font référence comme à une pratique déjà établie. La date — le quarantième jour après Pâques, donc un jeudi — est fixée en référence stricte au texte des Actes.

Développement liturgique au Moyen Âge

Durant le Moyen Âge, la célébration de l’Ascension atteignit une ampleur considérable. Les processions solennelles, qui représentaient symboliquement la montée vers le ciel, traversaient villes et campagnes. Dans certaines cathédrales, on hissait à travers une ouverture dans la voûte une statue ou une croix représentant le Christ — parfois en y faisant tomber en retour des fleurs et des langues de feu symbolisant les dons de l’Esprit. Ce théâtre sacré faisait de la liturgie une expérience sensorielle totale.

En France notamment, l’Ascension était une fête de grande solennité. Foires, marchés, processions aux champs — la fête mêlait étroitement le religieux et le social. Elle marquait aussi le début de la bonne saison, et il n’est pas exclu que certaines pratiques populaires aient absorbé des rites agraires plus anciens liés au renouveau printanier.

La Réforme protestante et ses conséquences

La Réforme du XVIe siècle introduisit une rupture. Luther et Calvin, attachés à la stricte fidélité scripturaire, conservèrent l’Ascension dans le calendrier liturgique — elle est trop ancrée dans les textes pour être écartée — mais dépouillèrent sa célébration de tout appareil dramatique et de toute représentation. Le signe visible perdit sa primauté au profit de la parole et de la foi intérieure.

Cette tension entre le visible et l’invisible, entre le signe et la réalité signifiée, est au cœur même du mystère de l’Ascension, comme nous le verrons plus loin.

La sécularisation moderne

En France, l’Ascension est l’un des derniers jours fériés à conserver explicitement son nom religieux dans le calendrier civil — contrairement à la Toussaint, dont la signification est plus diffuse, ou à Noël, dont la dimension commerciale a largement pris le dessus. Paradoxalement, c’est souvent perçu aujourd’hui comme un long week-end propice aux ponts et aux escapades, la fête religieuse se réduisant pour beaucoup à une agréable occasion de repos.


III. Les différents niveaux de compréhension

La richesse de l’Ascension tient à ce qu’elle peut être lue à plusieurs niveaux simultanément. Loin de s’exclure, ces niveaux se superposent et se nourrissent mutuellement.

1. Le niveau historique et narratif

Au premier niveau, l’Ascension est un événement : Jésus quitte ses disciples de manière visible et définitive. Pour les chrétiens qui croient à la résurrection corporelle, il ne s’agit pas d’une disparition mais d’un passage — le corps ressuscité du Christ entre dans une autre forme d’existence, que la tradition appelle la « gloire ».

Ce niveau est le plus immédiatement accessible, mais aussi le plus sujet à difficultés pour la sensibilité moderne. Comment un corps peut-il « monter » ? Où va-t-il ? La cosmologie antique, à trois étages (le ciel en haut, la terre au milieu, les enfers en bas), rendait l’image naturelle. Pour nous, le ciel est un espace interstellaire sans étage supérieur.

La théologie contemporaine répond généralement que le langage de la « montée » est un langage symbolique inévitable pour exprimer un passage qui dépasse les catégories spatiales. Ce qui importe n’est pas la direction physique mais la qualité de la transformation : Jésus entre dans la plénitude de la présence divine.

2. Le niveau christologique : la transfiguration de la chair

L’Ascension est un moment clé de la christologie — la réflexion sur la nature et la personne du Christ. Elle est le couronnement de la trajectoire pascale : incarnation, mort, résurrection, élévation à la droite du Père.

La formule « assis à la droite du Père », reprise dans les grands Credo chrétiens, n’est pas une description géographique. Elle exprime une dignité, un statut : le Christ ressuscité participe pleinement à l’autorité divine. L’Ascension est ainsi la glorification définitive de l’humanité de Jésus — et, en lui, de toute l’humanité.

C’est là un des paradoxes les plus vertigineux de la théologie chrétienne : en Jésus, une nature humaine — avec sa chair, ses cicatrices, son histoire — est introduite au cœur même de la divinité. L’Ascension n’est pas l’abandon du corps mais sa transfiguration ultime.

3. Le niveau ecclésiologique : la naissance de l’Église

L’Ascension marque aussi une transition institutionnelle. Tant que Jésus est présent physiquement, ses disciples lui sont attachés de manière directe, dépendante, presque enfantine. Son départ est le signal de leur autonomisation : ils doivent désormais être ce qu’il était, porter eux-mêmes l’annonce, former ensemble ce corps collectif qu’on appellera l’Église.

Les Actes des Apôtres le soulignent : juste avant l’Ascension, Jésus envoie ses disciples « jusqu’aux extrémités de la terre ». Le départ de l’un est la dispersion de tous. Significativement, les dix jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte sont vécus dans la prière et l’attente — le temps d’une gestation communautaire.

De ce point de vue, l’Ascension est la condition de possibilité de l’Église universelle : une présence localisée et contingente laisse place à une présence spirituelle et universelle.

4. Le niveau mystique : l’absence comme présence

Le niveau mystique est peut-être le plus profond et le plus contre-intuitif. Le Christ part — et pourtant il promet : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Comment l’absence peut-elle être une forme de présence plus accomplie ?

Les grands mystiques chrétiens ont médité ce paradoxe. Maître Eckhart, Jean de la Croix, Thérèse d’Avila : tous ont expérimenté que la disparition du soutien sensible ouvre un espace intérieur plus vaste. L’Ascension est, dans cette lecture, une invitation à une relation non plus charnelle mais spirituelle — non pas moins réelle, mais différemment réelle.

Le sacré fonctionne selon une « logique de la saturation » : trop de présence éblouit et cache. Le retrait du visible peut être la condition d’une présence plus intense, qui touche non plus les yeux mais le cœur.

5. Le niveau anthropologique et universel

Enfin, au-delà du christianisme proprement dit, l’Ascension touche à des thèmes universels que l’on retrouve dans de nombreuses traditions.

Le motif de l’élévation — du héros, du sage, du fondateur qui rejoint le monde divin — est omniprésent dans les mythologies : Hénoch dans la Bible hébraïque, Élie emporté sur un char de feu, Romulus enlevé au ciel selon la tradition romaine, Hercule déifié, les prophètes islamiques élevés dans des visions. Ces récits expriment une aspiration humaine fondamentale : la conviction que la condition humaine n’est pas condamnée à la clôture, qu’il existe une ouverture vers quelque chose de plus grand.

L’Ascension chrétienne singularise cette aspiration : ce n’est pas un héros mythique qui s’envole, mais un condamné à mort ressuscité — la gloire passe par la croix. La transcendance n’est pas une fuite hors du monde souffrant mais une transformation de l’intérieur.


IV. Parallèles dans les traditions de l’Orient

Si l’Occident a souvent pensé l’Ascension comme un événement unique et irréductible, un regard comparatif vers les traditions orientales révèle des résonances profondes. Non pour dissoudre la spécificité chrétienne dans un syncrétisme vague, mais pour percevoir à quel point l’humanité tout entière a cherché à nommer cette même intuition : il existe en l’être humain quelque chose qui peut s’élever au-delà de sa condition ordinaire.

Le samâdhi du yoga : l’union comme aboutissement

Le samâdhi, terme qui désigne l’état ultime dans le yoga, mérite une attention particulière. Il ne signifie pas l’anéantissement de la conscience, mais son expansion maximale : la dissolution de la frontière entre le contemplant et le contemplé, entre le sujet et l’objet. Patañjali, dans ses Yoga Sûtras (IIe siècle av. J.-C. environ), distingue plusieurs degrés de samâdhi, culminant dans le nirbîja samâdhi — le samâdhi « sans graine », sans aucun résidu karmique ou mental.

Cette expérience est, dans le vocabulaire yogique, ce que l’Ascension est dans le vocabulaire chrétien : non pas la fuite hors de la réalité, mais la plénitude d’une présence qui transcende les limites ordinaires du moi.

Et la libération est, selon le yoga, l’établissement de l’esprit dans cet état non duel.

Le moksha et la libération dans l’hindouisme

Dans la philosophie hindoue, le terme central est moksha — la libération. Il désigne l’affranchissement définitif du cycle des renaissances (samsâra), l’union avec le Brahman (la réalité absolue) ou avec le dieu personnel selon les écoles. Ce n’est pas une « montée » spatiale, mais une sortie radicale de la condition limitée.

Certains grands sages — les jivan-mukta — sont dits libérés de leur vivant : leur corps continue d’exister, mais leur conscience a déjà rejoint la source divine. À leur mort, leur dissolution dans l’absolu est appelée mahasamadhi (le grand samadhi) : ils quittent volontairement leur corps dans un état de conscience éveillée, sans agonie ni violence. Ramana Maharshi au XXe siècle, ou Ramakrishna avant lui, sont évoqués dans cette catégorie par leurs disciples. La frontière entre la mort et une forme d’élévation consciente devient ici très poreuse — rappelant, dans une autre tonalité, la question chrétienne du « corps glorieux ».

Le bouddhisme : le nirvâna et le chemin du Bouddha

Dans le bouddhisme, la figure du Bouddha lui-même offre un parallèle intéressant. Après son éveil sous l’arbre de la Bodhi, Gautama Siddhartha aurait pu entrer immédiatement dans le nirvâna final (parinirvâna) — la sortie totale du cycle des existences. Il choisit de rester, de prêcher, d’accompagner les autres êtres sur le chemin. Ce geste de compassion retardée est structurellement analogue aux quarante jours post-résurrection du Christ : la plénitude de l’éveil est acquise, mais le maître demeure encore un temps pour préparer ses disciples.

Le parinirvâna du Bouddha — sa mort à l’âge de quatre-vingt ans — est décrit dans les textes comme une sortie sereine et consciente, couche après couche des états méditatifs, jusqu’à l’extinction finale. Les traditions mahâyâna ajoutent le concept de bodhisattva : l’être éveillé qui renonce au nirvâna définitif par compassion pour tous les êtres vivants, et s’engage à rester dans le cycle des renaissances jusqu’à ce que tous soient libérés. Ce vœu de présence universelle rappelle étrangement la promesse christique : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Le taoïsme et les « immortels »

Tao Te King 12 :

Les cinq couleurs rendent les yeux de l’homme aveugles, les cinq sons rendent ses oreilles sourdes, les cinq saveurs rendent sa bouche inapte à savourer. Les courses violentes et le galop des chasses déchaînent, dans son cœur, de furieuses passions. Les biens difficiles à acquérir font qu’il se heurte à de dangereux obstacles.

C’est pourquoi le Saint-Homme s’occupe de l’intérieur et non des sens.

La tradition taoïste chinoise a développé, notamment dans ses courants ésotériques, la figure des xian — les immortels — qui ont accompli une transformation intérieure si profonde que leur corps lui-même échapperait à la mort ordinaire. Certains « montent au ciel en plein jour » (feisheng) — expression qui décrit littéralement une ascension physique — tandis que d’autres laissent derrière eux un corps vide ou une simple dépouille, comme un vêtement que l’on quitte.

Cette idée d’un corps transfiguré par la pratique spirituelle — et non simplement abandonné comme une enveloppe inutile — résonne directement avec la théologie chrétienne du corps glorieux. Dans les deux cas, la matière n’est pas niée mais transformée : elle devient le lieu d’une transparence au divin, plutôt qu’un obstacle à surmonter.

L’Islam et le Mi’râj : l’ascension nocturne du Prophète

L’islam connaît lui aussi son grand récit d’ascension : le Mi’râj, le « voyage nocturne » du Prophète Muhammad. En une nuit, monté sur la créature lumineuse Burâq, il est conduit de La Mecque à Jérusalem, puis s’élève à travers les sept cieux, rencontrant les prophètes successifs (Abraham, Moïse, Jésus…), jusqu’à la présence divine elle-même, dont il se trouve séparé par une « distance de deux arcs » — formule sublime pour dire une proximité maximale qui respecte encore la transcendance absolue de Dieu.

Le Mi’râj est au cœur de la spiritualité soufie : les grands maîtres comme Ibn Arabî ou Jalâl ad-Dîn Rûmî y ont vu le modèle de tout voyage intérieur — une ascension de l’âme que chaque croyant est appelé à reproduire dans sa vie de prière et de contemplation. La prière quotidienne (salât), dans cette lecture, est un mi’râj miniature : une élévation du cœur vers Dieu, cinq fois par jour.

Convergences et différences : que nous dit cette comparaison ?

Ces parallèles ne prouvent pas que toutes les traditions disent la même chose. Les différences sont réelles et profondes : le christianisme insiste sur la singularité historique et corporelle de l’Ascension du Christ, quand le yoga parle d’une voie reproductible par tout pratiquant assidu. Le bouddhisme ne postule pas de Dieu personnel vers lequel monter. Le taoïsme pense la transformation du corps dans des catégories très différentes de la résurrection.

Mais ces résonances révèlent quelque chose d’important : l’idée que la conscience humaine peut s’élever au-delà de ses limites ordinaires, que le corps lui-même peut être le lieu d’une transfiguration, que le départ visible peut être la condition d’une présence plus profonde — tout cela n’est pas une invention chrétienne. C’est une intuition que l’humanité a exprimée, sous des formes infiniment diverses, dans presque toutes ses traditions spirituelles.

Ce que le christianisme apporte de spécifique, c’est la certitude que cette élévation s’est réalisée historiquement, dans un corps particulier, à un moment précis de l’histoire — et qu’elle entraîne avec elle, en principe, toute l’humanité. L’Ascension du Christ n’est pas le parcours d’un initié solitaire : c’est, dans la foi chrétienne, l’élévation de l’humanité tout entière portée par un seul.


VI. Conclusion

La fête de l’Ascension est l’une de ces réalités qui résistent à la réduction. On peut y voir une croyance naïve, une métaphore belle, un événement théologique précis, ou le signe d’une aspiration humaine universelle — et sans doute faut-il tenir ensemble toutes ces lectures pour en percevoir la richesse.

Le dialogue avec les traditions orientales — yoga, bouddhisme, taoïsme, soufisme — ne dilue pas la spécificité chrétienne : il l’entoure d’un horizon plus vaste. Il montre que l’image de la montée, de l’élévation, de la verticalité spirituelle, n’est pas un accident culturel méditerranéen, mais l’une des métaphores les plus universelles que l’humanité ait produites pour parler de sa propre transformation.

Que cette élévation s’appelle Ascension, moksha, samâdhi, mi’râj ou nirvâna, quelque chose de commun se dit dans ces images : l’être humain n’est pas condamné à rester au niveau où il est né. Il peut monter. Et cette montée n’est pas une fuite : c’est le retour à ce qu’il est, au plus profond.


Que l’on soit croyant, agnostique, yogi ou simplement curieux, l’Ascension mérite d’être méditée — non comme une énigme à résoudre, mais comme une invitation à regarder le monde, et soi-même, avec une certaine verticalité.